Vivian Maier

Dans cette page, je vous donne mon avis sur le travail de Vivian Maier après avoir regardé, souvent et avec attention, un maximum de photos disponibles sur internet ou dans son livre.

(une galerie est disponible en bas de page)

Le visage de la femme et des enfants avant tout.

C

’est un de ses sujets favoris : les femmes. Si l’on se base sur les photos actuellement disponible sur Maier (une grand partie est encore dans les cartons de J. Maloof) on remarque qu’un grand nombre concerne les femmes, seules, se querellant avec un policier, alignées contre un mur ; femmes au foyer, jeune fille en voiture, mère avec ses enfants, jambes et dos…

Maier ne s’est jamais mariée et impossible de savoir si elle eut une liaison durable… je n’ai pas vu de photo de « l’Amoureux », de regard langoureux… C’est une condition, un témoignage que Maier cherche peut-être et sans doute aussi une projection : celle de la femme mère qui commence à se libérer dans une époque et dans un pays où la condition des femmes (et à fortiori des femmes noires) est encore traditionnelle.

Vivian Maier - Les femmes
Vivian Maier – Les femmes
© Vivian Maier/John Maloof Collection

 

Les hommes

Sans être manichéen, je suis frappé par la différence qui existe dans les clichés de Maier entre les femmes et les hommes. Ceux-là sont souvent vieux et ridés, pauvres, édentés, perdus. Je suis également frappé du nombre d’hommes « à terre », couchés ou prostrés. Un très grand nombre est endormi… Plus facile à photographier ? Plus facile d’oser ?

On remarque surtout qu’ils sont bien moins nombreux sur les clichés de Maier. Quand ils le sont, le portrait est souvent dur sans glorification de l’image de l’Homme. Là encore Maier parle d’elle ? de sa vision masculine ? L’homme « moderne » n’est pas celui qu’elle croise dans la rue, il n’est pas celui qu’on voit dans les réclames, au volant de sa voiture ou bien habillé.

Vivian Maier - Les hommes
Vivian Maier – Les hommes
© Vivian Maier/John Maloof Collection

 

La pauvreté

Autre aspect non négligeable de son travail, les pauvres qu’elle croise dans les rues. Elle s’approche (les Rollei n’ont pas de Zoom) elle va au contact, à le rencontre de ses hommes qui la gratifient parfois d’un sourire édenté, le quignon de pain offert à la main. Ce ne sont pas des photos « à la sauvette ». Elles sont réfléchies, anticipées, posées, parfois même beaucoup plus que pour ses autres sujets. Se faisant, je trouve ses photos moins riches, moins naturelles et composées comme si Maier avait été débordé par son sujet.

 

Le graphisme & autoportraits.

Il est là, le lien fort que j’ai avec le travail de Maier. Elle n’est pas juste dans le sujet photographié, ni dans l’instant photographié…Maier est une graphiste. Elle travaille son cadre et sa lumière de façon pertinente et presque magistrale. Le sujet qui met le plus en évidence cette qualité est ses autoportraits ; comme si là, il n’y avait pas  de peur, pas de doute. Elle se connait, alors elle se met en scène, prend son temps, cherche le cadre et la composition.

On retrouve aussi ces qualités dans les photos où les visages sont absents ou masqués. Maier ne montre plus le regard et photographie autrement. Regardez les photos dont les sujets sont pris de dos : ils sont plus riches, contrastés et construits. Observez comment Vivian travaille son propre reflet, son ombre coiffée d’un chapeau.

Il est là le talent étonnement moderne de Maier, dans ses lignes, des courbes, des bords tranchants de l’architecture venant souligner et contraster les formes vivantes de la rue.

Vivian Maier - Graphiste
Vivian Maier – Graphiste
© Vivian Maier/John Maloof Collection

 

Conclusion :

Peu de jours passent sans qu’une nouvelle photo de Maier qui apparaisse sur la toile. Et souvent ce même ravissement, cette force dans le cadre et dans le choix du modèle. Vivian Maier n’est peut-être pas une Doisneau, une grande perle de la photo de rue, sans doute car elle est parfois malhabile, moins dans la technique que dans le ressentir. Je trouve que c’est justement là qu’elle mérite d’être reconnue : cette féministe de photographe qui se fiche pas mal du bien-pensant pour s’évader dans les rues avec son Rollei.

Maier est fière, Maier et partiale, Maier et indépendante, Maier est seule.

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